
CE QUE VOUS APPRENDREZ DANS CET ARTICLE :
- Pourquoi dire non est une compétence essentielle du management
- Les raisons qui empêchent certains managers de poser un cadre clair
- Le coût caché d’un management qui cherche avant tout à être apprécié
- Pourquoi la bienveillance n’est pas incompatible avec l’exigence
- Comment dire non sans dégrader la relation avec son équipe
Beaucoup de managers pensent qu’être apprécié est une qualité indispensable. Ils évitent les désaccords, acceptent davantage de demandes qu’ils ne le devraient et repoussent les conversations inconfortables – c’est ce que l’on appelle l’évitement convivial. Leur intention est souvent positive : préserver la relation, maintenir une bonne ambiance ou éviter les tensions.
Pourtant, cette posture produit souvent l’effet inverse.
À force de vouloir satisfaire tout le monde, certains managers créent du flou, de l’injustice et de la frustration. Les priorités deviennent moins claires, les règles sont appliquées différemment selon les situations et les collaborateurs finissent par ne plus savoir ce qui est réellement attendu d’eux. Le paradoxe est là : vouloir être apprécié à tout prix finit parfois par fragiliser la confiance de l’équipe.
Le mythe du manager apprécié
Pendant longtemps, le management a été présenté comme un équilibre entre autorité et proximité. Aujourd’hui, beaucoup de managers souhaitent développer un management bienveillant. C’est une excellente évolution… à condition de ne pas confondre bienveillance et recherche permanente d’approbation.
Kim Scott, dans son ouvrage Radical Candor, rappelle qu’un bon manager combine deux dimensions : il montre qu’il se soucie sincèrement des personnes tout en étant capable de les challenger directement. Autrement dit, il est possible d’être exigeant sans être dur.
À l’inverse, un manager qui évite systématiquement de dire non ou de recadrer un collaborateur pense souvent préserver la relation. En réalité, il reporte simplement une difficulté qui reviendra plus tard… souvent amplifiée. Le rôle d’un manager n’est pas d’être populaire, mais de créer les conditions qui permettent à son équipe de réussir.
Pourquoi certains managers n’osent pas dire non
Lors de nos accompagnements chez PREFERA, nous observons régulièrement le même phénomène.
Lorsqu’un manager accepte une demande qu’il juge pourtant peu pertinente, c’est souvent parce qu’il redoute les conséquences d’un refus. Derrière cette difficulté se cachent généralement trois mécanismes :
- Le premier est le besoin d’être apprécié. Certains managers craignent qu’un refus altère la relation avec leur collaborateur ou remette en cause leur image.
- Le deuxième est la peur du conflit. Dire non implique parfois de provoquer une frustration immédiate, et beaucoup préfèrent éviter cette situation.
- Enfin, certains associent encore l’autorité à une forme de rigidité. Ils pensent qu’en posant un cadre clair, ils risquent d’être perçus comme autoritaires ou peu ouverts.
Ces réactions sont parfaitement humaines. Mais elles deviennent problématiques lorsqu’elles empêchent le manager de prendre les décisions nécessaires.
Le coût caché du « oui »
Dire oui à tout peut sembler confortable sur le moment. À moyen terme, c’est souvent beaucoup plus coûteux. Un manager qui accepte systématiquement les demandes individuelles finit par créer des incohérences.
Pourquoi certains collaborateurs obtiennent-ils des exceptions et pas d’autres ? Pourquoi certaines règles sont-elles appliquées… puis oubliées quelques jours plus tard ? Peu à peu, un sentiment d’injustice peut apparaître.
Patrick Lencioni explique dans The Five Dysfunctions of a Team que les équipes performantes ne sont pas celles qui évitent les tensions. Ce sont celles qui savent traiter les désaccords de manière constructive. Lorsqu’un manager refuse d’aborder les sujets sensibles, les problèmes ne disparaissent pas, ils deviennent simplement plus difficiles à résoudre. Le conflit évité aujourd’hui devient souvent le conflit subi demain.
La bienveillance n’est pas la gentillesse
C’est probablement l’une des plus grandes confusions en management.
Le docteur RODET dans son livre sur le management bienveillant l’explique très bien. Être bienveillant ne signifie pas dire oui. Être bienveillant, c’est prendre des décisions qui permettent à chacun de progresser, même lorsqu’elles sont inconfortables.
Les travaux d’Amy Edmondson sur la sécurité psychologique sont souvent mal interprétés. Créer un environnement où les collaborateurs osent s’exprimer, poser des questions ou reconnaître leurs erreurs ne signifie pas supprimer les exigences.
Au contraire. Les équipes les plus performantes sont celles où les attentes sont explicites, où les règles sont connues de tous et où les conversations difficiles peuvent avoir lieu sans remettre en cause la qualité de la relation. La sécurité psychologique repose autant sur la confiance que sur la clarté.
Comment dire non sans casser la relation
Savoir dire non ne consiste pas à opposer un refus brutal. Tout est dans la manière de formuler la réponse. Plutôt que de répondre simplement : « Non, ce n’est pas possible. »
Le manager peut expliquer le contexte.
« Je comprends ta demande. Aujourd’hui, notre priorité est différente et je préfère être transparent plutôt que de te promettre quelque chose que je ne pourrai pas tenir. »
Cette approche permet de maintenir deux éléments essentiels : la relation et le cadre. De la même manière, lorsqu’un collaborateur demande une exception, le manager peut rappeler les règles communes avant d’examiner la situation particulière. Le refus est alors perçu comme une décision cohérente et non comme une décision arbitraire. Les collaborateurs acceptent beaucoup plus facilement un « non » lorsqu’ils en comprennent les raisons.
Les meilleurs managers ne cherchent pas à être appréciés
Lors de nos formations, nous posons souvent une question simple : « Qu’a fait votre meilleur manager pour vous ? »
Les réponses reviennent presque toujours : « Il m’a fait confiance », « Il m’a aidé à progresser », « Il m’a fait grandir ». En revanche, personne ne répond : « Il disait toujours oui. »
Les collaborateurs n’attendent pas un manager qui évite les frustrations. Ils attendent un manager qui prend des décisions cohérentes, qui fixe un cap clair et qui ose avoir les conversations nécessaires, même lorsqu’elles sont difficiles. Finalement, un manager qui est comme un coach sportif ! C’est précisément ce qui crée la confiance sur le long terme.
Conclusion
Le besoin d’être apprécié est profondément humain. Mais lorsqu’il prend le dessus sur la clarté managériale, il finit souvent par affaiblir la performance de l’équipe. Dire non n’est pas un manque de bienveillance. C’est parfois la décision la plus respectueuse que puisse prendre un manager. Car un refus expliqué vaut souvent mieux qu’un accord donné pour faire plaisir… puis impossible à tenir. Les meilleurs managers ne sont pas ceux qui disent oui le plus souvent. Ce sont ceux dont les équipes savent toujours à quoi s’attendre.
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